Tuesday, November 6, 2018

Comment faire des revendications efficaces

qui deviennent acceptables pour l'opinion publique





Un but de l’action collective est d’exprimer une revendication politique et les arguments en faveur de celle-ci.

Pour qu’une revendication soit efficace et puisse être acceptée par l’opinion publique, le public doit être capable de lier une revendication à un principe connu, afin que la revendication semble être la continuation de quelque chose de déjà existant. Cela signifie qu'un bon argument pour défendre une revendication est un argument qui garantit l'insertion du point de vue du destinataire du message dans une structure connue. Une telle structure peut être un principe moral communément admis par la société, comme le refus de la violence.

Pour être compris par l'opinion publique un argument doit donc tirer ses origines de représentations préexistantes dans l'esprit du public. Et les représentations que nous souhaitons transmettre doivent s'ancrer dans les représentations disponibles.

Les principes communément acceptés jouent un rôle de filtre cognitif : seulement les revendications qui entrent dans ce filtre peuvent être comprises et acceptées par le public.

Il est important de faire entrer les revendications radicales par ce filtre cognitif afin qu'elles puissent entrer dans la sphère du débat public. Lorsque ce n’est pas le cas, les personnes exprimant la revendication sont étiquetées comme étant extrémistes et leur message n’est pas entendu par la société ou est grossièrement défiguré. Alors qu’en les liant à des principes moraux communément admis, elles sont bien plus facilement acceptées par les médias ainsi que l’opinion publique.



Exemples :

Structure connue :      Egalité et refus des discriminations
Revendication :           Les pratiques spécistes doivent être éliminées

Argumentation :

Notre société est pour l'égalité et contre les discriminations. Le sexisme et le racisme sont aujourd'hui considérés comme arbitraires et injustes, car peu importe de quelle « race » ou de quel genre nous sommes, nous avons des intérêts à protéger et nous voulons tous éviter la violence et la loi du plus fort. Et les humains ne sont pas les seuls à avoir des intérêts ou à vouloir éviter la violence ou la loi du plus fort, c'est aussi le cas des animaux. Beaucoup d'auteurs qui ont analysé notre relation à d'autres animaux ont trouvé qu'elle est basée sur le spécisme, ce concept peut être compris par analogie avec le racisme et le sexisme, et représente l'idéologie qui considère que la vie et les intérêts des animaux peuvent être négligés, simplement parce qu’ils appartiennent à une autre espèce. Ces auteurs concluent que le spécisme est une discrimination irrationnelle et injuste puisque les êtres humains et les autres animaux ressentent des émotions et que, concernant notre capacité à ressentir la souffrance, nous sommes égaux. Cela signifie que considérer les animaux comme une simple ressource est spéciste et erroné. La justice exige que nous respections la vie et les intérêts des animaux en éliminant toutes les pratiques qui violent leurs intérêts simplement parce qu'ils proviennent d'une autre espèce.


Structure connue :      La violence est injuste
Revendication :           Les abattoirs doivent fermer

Argumentation :

Notre société condamne la violence. Frapper sans raison ou tuer sont des infractions pénales, car si nous pouvons éviter l'agression, nous sommes obligés de le faire. La violence contre les faibles est condamnée encore plus violemment. Et tout le monde convient que les animaux peuvent aussi souffrir de la violence et sont clairement faibles comparés aux humains et à leur technologie. Néanmoins, les abattoirs constituent la concrétisation la plus effroyable de la violence contre ces êtres sans défense. Notre société dit que la brutalité est mauvaise, elle tue des milliers d'animaux innocents chaque jour. Dans le même temps, des millions de véganes et végétariens dans le monde montrent qu'il n'est pas nécessaire de tuer les animaux pour la nourriture, ce qui signifie que la violence des abattoirs est injustifiable. Les principes fondamentaux de non-violence et de protection des faibles doivent être respectés. Les pratiques injustes et violentes du passé ont été abolies ou réduites, telles que l'esclavage ou la torture publique. Ils étaient également ancrés dans la conscience collective au point que certains pensaient qu'ils étaient éternels. Mais l'histoire a montré le contraire, parce que l'évolution morale des êtres humains est un phénomène qui persiste au fil du temps et on peut facilement imaginer qu'un jour les abattoirs seront considérés comme un symbole d'injustice et de barbarie. Commencer à les fermer aujourd'hui est exigé non seulement par nous mais par les milliers d'animaux dont la gorge est coupée en ce moment même dans une société qui ne condamne la violence qu'avec des mots.


Structure connue :      La loi du plus fort est injuste
Revendication :           Les animaux ne doivent plus être considérés comme du matériel biologique

Argumentation :

Tous s'accordent à dire que la loi du plus fort est injuste et que personne ne voudrait être réduit à l'état de chose par quelqu'un de plus puissant. Imaginez par exemple qu'en lisant attentivement ce texte, une soucoupe volante surgisse à proximité. Elle est équipée de mécanismes technologiques très compliqués et a été construite par des êtres plus intelligents que les humains. Alors que vous continuez à lire, vous entendez soudainement un bruit étrange, vous vous retournez et vous vous rendez compte que les êtres humanoïdes vêtus étrangement vous approchent. Ils ont des outils menaçants. Vous commencez à paniquer et soudainement vous obtenez une sorte de décharge électrique qui vous blesse et vous oblige à aller de l'avant. Ces extraterrestres vous forcent à entrer dans un véhicule singulier. Il fait sombre mais vous pouvez voir d'autres humains qui ont peur comme vous. Vous sentez que le véhicule bouge, mais vous ne savez pas où il va. Soudain, il s'arrête et les extraterrestres ouvrent la porte. Ils vous forcent à sortir avec les mêmes outils qui vous font souffrir. Vous arrivez dans un endroit macabre où vous voyez des cages et entendez des cris. Vous avez peur. Ces étrangers vous mettent dans une cage, vous êtes totalement horrifiés, vous luttez avec toute votre énergie, mais c'est inutile. Ces extraterrestres veulent vous utiliser comme matériel biologique pour leurs expériences afin de sauver des vies extraterrestres. Malgré le fait que ces extraterrestres ont un QI moyen de 3’500 et ont certaines capacités développées qui manquent aux humains, vous pensez probablement que ces pratiques sur des êtres humains innocents, effectuées juste parce qu'ils sont moins intelligentes et plus faibles que ces extraterrestres sont injustes et doivent être arrêtées. Cela s’explique par le fait que nous sommes tous contre la loi du plus fort. L’on pourrait même argumenter que puisque ces extraterrestres sont plus intelligents, ils devraient plus facilement comprendre que leurs actions sont injustes. La même chose est vraie pour notre utilisation des animaux dans les laboratoires, éthiquement la situation est identique dans les deux cas. Si les expériences faites par ces extraterrestres sont injustes, alors notre utilisation d’êtres sensibles en tant que simple matériel biologique est également injuste parce qu'elles sont toutes deux des manifestations de la loi du plus fort qui doit être éliminée dans toute société civilisée.


Structure connue :                  Il faut lutter contre la crise environnementale et se baser sur la science
Revendication :                       Les animaux doivent être considérés comme nos concitoyens

Argumentation :

En ces temps de crise environnementale, où nous critiquons avec de plus en plus de véhémence des pratiques comme la déforestation ou la pollution des rivières et des océans, nous pouvons facilement comprendre qu'elles sont les conséquences logiques de la domination des humains sur tous les autres êtres sensibles de la planète. Si les humains respectaient les animaux en tant qu'êtres sensibles ayant une valeur inhérente qui ne peut être violée pour les besoins futiles et commerciaux des humains, nous ne nous permettrions pas de détruire leur habitat en abattant les forêts ou en polluant l’endroit même où ils vivent. Parallèlement à cela, nous pouvons voir que les éthologues ont récemment trouvé que la conscience de soi, longtemps considérée comme caractéristique des humains, n'est pas seulement présente chez les singes, les dauphins et les éléphants, mais est même commune chez certains oiseaux comme les pies qui peuvent également se reconnaître dans le miroir. De qui cette planète est-elle l'environnement? Pour qui doit-elle devenir un lieu durable? Les humains ne sont pas les seuls habitants sensibles de la Terre. D'autres animaux ont également intérêt à profiter de leur vie et à avoir un habitat conforme à leurs besoins. Désormais, nous ne pouvons plus continuer à considérer les animaux comme une ressource ou comme de simples fonctions d'un écosystème. Ce sont des êtres individuels qui ressentent des émotions, ont leurs propres intérêts et désirs. Il est temps pour nous de les considérer comme nos concitoyens avec qui nous partageons cette terre.

Ces exemples montrent que les principes moraux communément admis permettent de rendre acceptables les revendications des activistes auprès de l'opinion publique.

Cet article est basé sur la lecture de l'ouvrage de sociologie "Argumenter dans un champ de forces", Francis Chateauraynaud, éd. Petra, 2011. 

Tuesday, July 22, 2014

De l’appel à la vertu à l’exigence de justice pour les animaux

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1. La mobilisation morale



1.1 Exigence de justice et appel à la vertu



La philosophie morale se divise en plusieurs branches. La méta-éthique analyse les concepts fondamentaux de l’éthique, l’éthique normative détermine ce qui est bien ou mal, l’éthique appliquée s’occupe de cas concrets… Reste un domaine largement inexploré : la mobilisation morale. Comment, face à un fléau, mobiliser les agents moraux pour y porter remède ?

Je vois deux méthodes possibles : l’exigence de justice et l’appel à la vertu. L’exigence de justice est de nature fondamentalement politique : elle réclame des changements législatifs, institutionnels ou sociaux. L’appel à la vertu est apolitique : elle demande aux gens d’agir plus vertueusement, de modifier leur comportement individuel. Pour combattre la pauvreté, l’exigence de justice consiste (par exemple) à réclamer l’édification d’un état providence, la mise en place d’un salaire minimum, la constitution de syndicats, une redistribution des richesses généreuse (voire, pour les plus radicaux, un changement complet de système économique et social). L’appel à la vertu consiste à exhorter les gens à être plus charitables, les municipalités à ouvrir une soupe populaire, les patrons à faire un effort vis-à-vis de leurs employés. Il enjoint les pauvres à être plus solidaires les uns les autres. Il leur conseille d’éviter les dépenses inutiles, de faire des économies, de travailler plus dans la mesure du possible, ou de se détacher des désirs matériels.

L’exigence de justice s’exerce à l’échelon collectif. Il s’adresse aux citoyens. L’appel à la vertu s’exerce à l’échelon individuel. Il s’adresse aux personnes privées : consommateurs, donateurs, croyants, disciples…

Signe de l’apolitisme de l’appel à la vertu, il peut se faire sous un régime autoritaire, alors que l’exigence de justice requiert la démocratie (si on veut éviter la prison).


1.2 La cause du mal



Ces deux approches découlent d’analyses différentes (mais pas antinomiques) des causes évitables des maux. Pour les tenants de l’exigence de justice, les principales causes évitables des maux sont des défauts dans les structures sociales (typiquement, les lois). Pour y remédier, il faut donc changer la loi, créer, modifier ou démanteler telle ou telle institution, mettre en place des incitations (financières ou autres) pour modifier le comportement des gens (la taxe carbone, par exemple). Pour les tenants de l’appel à la vertu, les principales causes évitables des maux sont les défaillances des agents moraux. Un manque de compassion, un excès de cupidité, des passions trop violentes, un manque d’éducation morale ; bref, le vice. Pour y porter remède, il faut donc s’adresser aux individus, leur faire la morale, stimuler leur compassion (par des reportages poignants, par exemple), les aider à calmer leurs passions violentes (par la prière, la méditation, ou la lecture d’un énième livre sur les sagesses antiques), les informer ; bref, stimuler leur vertu.

Les tenants de l’exigence de justice ne nient pas l’importance des comportements individuels, mais ils pensent qu’on peut les modifier plus efficacement par des mesures politiques qu’en faisant la morale à chacun. Qu’il est plus facile d’agir sur les causes sociologiques des comportements que sur leurs causes psychologiques.


1.3 Une stratégie lourde de sous-entendus



Se contenter, pour mobiliser les agents moraux, de l’appel à la vertu n’est pas sans implications néfastes. Cela sous-entend que l’on se base sur une éthique de la vertu, que ce qu’on propose va au-delà de nos obligations morales ou est inaccessible, et que faire autrement est légitime.


1.3.1 Une éthique de la vertu



L’éthique de la vertu est un courant de l’éthique normative qui se donne pour but l’amélioration du caractère des agents moraux, le développement de leurs vertus : la bonté, la générosité, la tempérance, le courage… L’éthique de la vertu est une morale privée, visant à la réalisation de soi, à la vie bonne. Elle s’oppose aux éthiques universalistes, pour lesquelles ce qui est bien ou mal l’est partout dans le monde, indépendamment des opinions de celui qui agit1.

L’éthique de la vertu a toujours un parfum d’élitisme. Aristote la réservait aux citoyens. Une école plus contemporaine d’éthique de la vertu s’appelle le perfectionnisme. Comme son nom l’indique, le but de cette morale est de se perfectionner soi-même. Ses contempteurs y voient une doctrine inégalitaire, pour laquelle il faut favoriser dans la société les êtres d’exception. Nietzsche est un représentant exemplaire du perfectionnisme2.

Tout appel à la vertu ne découle pas d’une éthique de la vertu. Par exemple, une ONG peut appeler les donateurs à la vertu tout en se basant sur une éthique universaliste (les droits de l’Homme, par exemple). En revanche, quand on se fonde sur une éthique de la vertu, on ne peut mobiliser les agents moraux que par l’appel à la vertu. La vertu ne peut venir que d’une impulsion intérieure, pas de la contrainte. Il serait absurde de vouloir interdire la méchanceté ou décréter le courage. À la limite, on manifeste plus facilement sa vertu dans un monde exécrable que dans un monde idyllique : un végane doit faire preuve de plus de vertu (de force morale) en vivant dans un monde spéciste que dans un monde non spéciste.

Ainsi, un courant de pensée qui n’utiliserait que l’appel à la vertu donnerait l’impression de procéder d’une éthique de la vertu et par conséquent de proposer une éthique personnelle. À plus forte raison si le comportement qu’il veut propager apparaît au public comme une ascèse prenant la forme d’une liste d’interdits, ou si ce groupe de personnes se définit par leur comportement et non par leur idéologie.


1.3.2 Des actes surérogatoires



Par définition, l’exigence de justice énonce des obligations (« il faut interdire l’excision », « il faut mettre fin aux discriminations contre les étrangers »). Alors qu’en règle générale, les actes qu’encourage l’appel à la vertu sont surérogatoires, c’est-à-dire qu’ils vont au-delà de nos obligations morales. Donner à une œuvre de charité est considéré comme une chose bonne, mais pas comme une obligation morale. Acheter des produits issus de l’agriculture biologique ou du commerce équitable est considéré comme moralement bon, mais acheter des produits issus de l’agriculture et du commerce conventionnels n’est pas perçu comme immoral.

C’est logique : si un acte est vraiment condamnable, on doit vouloir l’interdire. Si on donne juste des recommandations, c’est que l’on ne pense pas qu’il soit légitime de l’interdire. Ou qu’on croit l’interdiction irréalisable.


1.3.3 Une utopie inaccessible



Souvent, ceux qui appellent à la vertu se refusent d’exiger des changements sociaux quand ils pensent que ces changements sont impossibles, que ce qu’ils proposent est faisable par une petite minorité très motivée, mais hors de portée du commun des mortels.

L’idée sous-jacente est :

– soit que toute réforme politique est impossible. Ne reste plus qu’à promouvoir une morale personnelle pour mieux vivre.

On a observé ce basculement dans la Grèce antique. Pour mettre en pratique leurs principes éthiques, les philosophes de l’Athènes classiques ont eu une approche politique : ils ont imaginé des cités idéales, de nouvelles constitutions, des réformes politiques et économiques. Mais, à l’époque hellénistique (celle des royaumes grecs consécutifs aux conquêtes d’Alexandre), les démocraties directes en Grèce furent remplacées par la royauté, puis par l’Empire (romain). Comme le changement politique devenait impossible, sont montées en puissance les morales et sagesses personnelles : le cynisme, l’épicurisme, le stoïcisme…

– soit que la nature humaine est mauvaise et irréformable. Ne reste plus alors qu’à se rabattre sur une morale de la vertu aristocratique.

Souvent les religions adoptent ce point de vue. La charité chrétienne consiste à soulager la souffrance, la pauvreté, mais pas tellement à lutter contre ses causes. La souffrance est due au péché originel, elle est donc inhérente à la nature humaine (voire méritée). En outre, dans la morale chrétienne traditionnelle, on ne se préoccupe que secondairement des conséquences (on les laisse à Dieu), le but de l’éthique est de se comporter vertueusement pour racheter ses péchés.

La non-violence hindouiste est aussi un idéal inaccessible. L’accent est mis sur la bienveillance de l’agent, sa compassion, le but étant d’améliorer son karma par la vertu. La souffrance est méritée (on souffre d’autant plus qu’on a un mauvais karma, c’est-à-dire qu’on n’a pas été vertueux dans une vie antérieure). Il n’y a donc pas lieu d’abolir les castes, de traiter mieux les intouchables, de réduire les inégalités sociales, etc.


1.3.4 Les autres opinions sont légitimes



En en utilisant exclusivement l’appel à la vertu, on sous-entend aussi que les choses qu’on critique sont légitimes, même si on arrive à faire comprendre qu’on les trouve immorales, car tout ce qui est immoral n’est pas illégitime. Par exemple, on peut être en désaccord complet avec un courant politique, considérer que, au pouvoir, ses représentants prennent des mesures iniques, et néanmoins considérer que ce courant a sa place en démocratie, qu’il serait mauvais de l’interdire, et désastreux d’instaurer un parti unique, aussi bonnes soient ses idées.
On peut aussi renoncer à toute exigence de justice par relativisme moral3, c’est-à-dire en adhérant à une théorie morale particulière tout en pensant que les autres « systèmes de valeur » sont pareillement légitimes.


1.4 L’activation de nos intuitions « éthique de la vertu »



Nous n’a pas besoin de connaître explicitement l’éthique de la vertu pour penser dans ce cadre. Notre sens moral fonctionne beaucoup à l’intuition (Haidt, 2001). Parmi ces intuitions, issues de notre histoire évolutive, certaines relèvent de l’éthique de la vertu. Avant de s’engager dans une coopération avec autrui, il est essentiel d’évaluer sa fiabilité. Pour ce faire, il faut, en se basant sur son comportement passé, se faire une idée du genre de personne qu’il est (quelles sont ses qualités et ses défauts, ses vices et ses vertus). Ainsi, nous pouvons utiliser les concepts, raisonnements et catégories de l’éthique de la vertu sans le savoir. Un appel à la vertu active, sans que nous nous en rendions forcément compte, la partie « éthique de la vertu » de notre sens moral.


2. La stratégie végétariste actuelle



Il est question ici de la stratégie employée et non du fait d’être végétarien ou végane, ce qui en soi est une très bonne chose. J’appelle « stratégie végétariste » celle qui se fonde sur les idées suivantes :

– Consommer végane constitue l’essentiel de ce qu’on peut faire pour les animaux ;
– Le meilleur moyen d’affaiblir l’industrie de la viande est d’augmenter le nombre de végétariens et véganes ;
– S’employer à convaincre les autres de devenir végétariens ou mieux véganes est la méthode la plus efficace pour augmenter le nombre de végétariens et véganes.


2.1 Une stratégie fondée sur l’appel à la vertu



Force est de constater que la promotion du végétarisme et du véganisme repose sur l’appel à la vertu. D’ailleurs, par définition même, l’éducation (au véganisme ou autre chose) ne cherche pas à changer la chose publique (la loi, les recommandations du PNNS, les cours des facs de médecine…), mais la chose privée (les gens).

Bien sûr, ceux qui privilégient cette approche sont, la plupart du temps, animés par une morale universaliste, et souhaitent un changement de société (le simple fait qu’ils militent le montre). Mais les moyens qu’ils emploient ne sont pas congruents avec leurs vues. C’est pourquoi le végétarisme est perçu par le public comme relevant d’une éthique personnelle (de type « éthique de la vertu », donc) comme étant surérogatoire ou utopique, et la consommation de viande comme malgré tout légitime.

En témoignent un certain nombre d’objections que l’on nous adresse.
– « Personne n’est parfait ! »
Cette objection n’aurait littéralement aucun sens en réponse à une exigence de justice. Elle n’a de sens que pour des actes surérogatoires dans le cadre d’une éthique de la vertu : chacun choisit sa façon de faire sa BA, certains font un chèque aux bonnes œuvres, d’autres font du bénévolat aux Resto du cœur, d’autres sont végétariens.
C’est ainsi que la fondatrice de Néoplanète présente son végétarisme :
« La souffrance m’est insupportable. Le végétarisme est ma manière de dire “non !” On est ce que l’on mange. Et la spiritualité, religieuse ou laïque, commence dans l’assiette. Mon mari, mes enfants, mes amis mangent de la viande et je n’ai jamais tenté de les convaincre car c’est une décision personnelle, une abnégation que tous ne peuvent accepter. »4
– « Mais moi aussi je suis un type bien ! » (variante je-ne-suis-pas-si-méchant-que-ça : « de toute façon, je ne mange pas beaucoup de viande »)
L’Elfe, sur le blog Les questions composent, présente cette objection ainsi :
« Combien m’ont rebattu les oreilles avec leur bonté, leur gentillesse, leur non-méchanceté, leur amour des animaux ou leur comportement responsable… Sans jamais se douter à quel point je m’en badigeonne le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Tout ce que leurs démonstrations me suggèrent, c’est que je trouve dommage qu’ils se sentent jugés par mon comportement, ce qui est à des années-lumières de mon objectif »5.
Bien que ce ne soit pas l’objectif, c’est ce que les gens comprennent du discours go vegan. Là encore, ces protestations n’auraient aucun sens en réponse à une exigence de justice.


– « Le végétarisme est une sorte de religion » ; « les végétariens forment une secte »
En effet, car la morale religieuse est une éthique de la vertu, et l’appel à la vertu, surtout végétalien, apparaît aux yeux du profane comme une liste d’interdits alimentaires (pour ne pas dire de tabous). Voici par exemple comment un médecin engagé dans la promotion du véganisme présente les choses :
« Être végétalien, c’est non seulement ne consommer aucune chair animale, donc ne manger ni viande rouge, ni viande blanche, ni poisson, mais aussi aucun produit dérivé des animaux. Les végétaliens ne mangent ni lait, ni œufs, mais aussi les produits dérivés du lait et des œufs. Par conséquent, les végétaliens ne mangent pas de fromage. En résumé, les végétariens ne mangent aucune chair animale, les végétaliens aucun produit d’origine animale. »
Le parallèle avec les interdits religieux saute aux yeux (la citation est de moi) :
Un juif pratiquant ne consomme aucun produit qui ne soit pas casher, c’est-à-dire aucun produit qui n’ait pas reçu le cachet officiel des autorités religieuses. Être juif, c’est ne consommer que des mammifères ayant les sabots fourchus (donc pas de porc ni de charcuterie à base de porc, pas de lapin, pas de chameau, etc). Les oiseaux sont permis à l’exception de 24 espèces impures (Lv 11 :13-19 et Dt 14 :12-18). Ne sont permis que les animaux aquatiques ayant des écailles et des nageoires, un juif ne consomme donc pas de crustacés, coquillages et autres fruits de mer. Les autres animaux sont interdits. Les produits de la terre sont permis sauf les fruits d’un arbre de moins de 3 ans. Est autorisé le lait des animaux purs, mais un juif ne mélange pas les laitages et la viande au cours d’un même repas. Etc, etc.
Citons encore :
  • « Les végans se croient supérieurs aux carnivores ! »
  • « Les végétariens ont un air tristounet » (traduction : c’est pas terrible comme programme de développement personnel)
  • « Chacun son opinion. Tu es libre d’être végétarien, alors laisse-moi manger de la viande »


En témoignent aussi la façon dont les végétaristes eux-mêmes présentent le végétarisme : comme un « mode de vie ». Le mode de vie ne relève pas de l’exigence de justice, ni même d’une morale universaliste ; il dépend de la personnalité de chacun. Il procède, pour les personnes les plus morales ou philosophes, d’une éthique de la vertu, et pour la plupart des gens d’une simple question de mœurs, d’habitudes personnelles et autres traditions familiales ou sociales. En outre, la littérature végétariste fourmille d’expressions propres à l’éthique de la vertu : « mode de vie sans cruauté », « choisir sans cruauté », « mode de vie compatissant », « véganisme : la voie de la compassion »…


2.2 Les présupposés de cette stratégie



Nous parlons ici des présupposés de cette stratégie lorsque celle-ci est mise en œuvre par des personnes animées par une morale universaliste. Quand un végétarien fonde son végétarisme sur une éthique de la vertu, il est tout à fait normal qu’il en appelle à la vertu.


2.2.1 Sur tout sujet, les humains ont des convictions et agissent en fonction de ces convictions



Les partisans de l’éducation végane pensent donc qu’il est indispensable de changer le for intérieur de chacun. Exemple :
« Mais le véganisme est un mouvement collectif, bien qu’il appartienne à chaque individu d’adopter ce style de vie au terme de réflexions qui doivent lui être propres »6.
Le thème de la réflexion personnelle est très présent dans les discours végétaristes7. Typiquement, ils ne se terminent pas par une prescription, que ce soit une exigence de justice (« il faut abolir la viande ! » ; « nous demandons la fermeture des abattoirs ! ») ou un appel clair à la vertu (« vous devez cesser de manger les animaux ! »). On donne des arguments et on laisse la conclusion ouverte, libre à l’interlocuteur d’adopter (ou pas) la même conclusion que nous. Voici la conclusion de l’argumentaire éthique du site de l’AVF :
« Et quand bien même la souffrance animale serait réduite à une seconde (ce qui n’est pas envisageable dans le cadre de l’élevage intensif), prendre la vie d’un animal alors que ce n’est pas nécessaire (voir notre page santé) est-il un acte juste ? C’est une question à laquelle il existe autant de réponses que de personnes sur terre (sic). »
La figure de style employée (l’hyperbole affirmant qu’il existe des milliards de conclusions possibles) me semble symptomatique d’une volonté appuyée de ne pas avoir l’air de répondre à la question qu’on a eu l’audace de formuler. C’est une manière imagée de dire : « chacun son opinion »
Autre exemple à propos de l’éducation végane :
« on ne doit pas dire aux gens de devenir véganes, mais leur en suggérer la possibilité. On ne doit pas leur mettre sous le nez des images d’animaux morts sans qu’ils l’aient demandé, car, qu’on le veuille ou non, c’est une agression et cela tend à les culpabiliser, or ils culpabilisent déjà. »8
On croit donc nécessaire que les gens se forgent une opinion et agissent en conséquence. Pourtant, quand on demande aux gens pourquoi ils mangent de la viande, beaucoup trouvent la question insolite (car il n’est pas coutume de devoir justifier un choix par défaut). La réponse la plus fréquente est : « Parce que j’en ai toujours mangé ». Viennent ensuite « parce que ce serait trop compliqué d’être végétarien » (i.e. l’offre végétarienne dans les magasins et restaurants est pauvre), « parce que je n’ai pas envie de me casser la tête » (i.e. j’ai depuis l’enfance des routines de mangeur de viande et ça me demanderait des efforts d’en changer), « parce que j’aime la viande »9. Aucune conviction personnelle dans ces réponses, aucune idéologie, seulement le poids des habitudes et la pression sociale10.

Prenons l’exemple de l’homophobie. Celle-ci n’a pas reculé en occident au cours des dernières décennies parce que chacun a, en son for intérieur, compris la fausseté du sophisme naturaliste ou la vacuité du concept de crime sans victime11, mais parce que l’homophobie a reculé dans la société toute entière, qu’il est devenu socialement délicat de tenir des propos homophobes (et même délictueux depuis 2005 en France).

Car, sur un sujet donné, la plupart des gens n’ont pas ce qu’on appelle un jugement personnel. Ils font ou pensent comme leur entourage, ils endossent le choix par défaut de leur société ou de leur groupe social. D’autre part, ce n’est pas parce que nous avons une conviction que nous l’appliquons (Reus, 2010) :
« De façon récurrente, des enquêtes nous informent qu’une proportion notable (et croissante) de la population condamne le mal qui est fait aux bêtes, alors même qu’elle l’entérine par son mode de consommation. Donnons-en trois exemples français :
Selon un sondage réalisé en novembre 2009, 82 % des personnes interrogées pensaient consommer du foie gras au prochain repas de Noël. Un autre sondage, effectué ce même mois de novembre, indiquait que 63 % des sondés estimaient que les oies et canards souffraient du gavage et que 44 % d’entre eux étaient favorables à l’interdiction du gavage.
En janvier 2000, un sondage a été effectué auprès de consommateurs d’œufs afin d’évaluer leur perception des élevages de poules pondeuses en batteries de cages. À une écrasante majorité (plus de 80 %), ils se sont déclarés d’accord avec des propositions décrivant ce type d’élevage de façon très négative […]. À la question “À l’avenir, seriez vous […] favorable à interdire l’élevage de poules pondeuses en cage et n’autoriser que l’élevage en plein air, sachant que cette mesure entraînerait une augmentation du prix des œufs ?”, 86 % des sondés ont répondu “oui”. Enfin, 70 % ont jugé “très important” le critère “bien-être des poules” dans l’achat d’œufs. Or, à l’époque de ce sondage, 90 % des œufs vendus en France provenaient précisément d’élevages en batterie »12.
De même, parmi les partisans de l’agriculture biologique et du commerce équitables, combien évitent complètement les produits conventionnels ?


2.2.2 Postulat : Les gens agissent sur la base de croyances individuelles



Dans certains cas, il est vrai nous agissons sur la base de nos croyances (je pense qu’il pleut, donc je prends un parapluie) ; dans d’autres cas, nous adoptons les croyances en accord avec nos actes.

Le cas de la viande relève typiquement de la seconde catégorie. Nous mangeons d’abord de la viande, et c’est ensuite que, éventuellement, nous nous faisons une idée sur la question.

On peut même agir sans vraiment être motivé par des croyances particulières, de manière routinière, machinale. C’est le cas, en partie du moins, pour la viande. Les gens en mangent parce que tout le monde en mange autour d’eux et parce qu’ils en ont toujours mangé. Autrement dit, chacun fait x parce que tout le monde (soi compris) fait x.


2.2.3 Corollaire : la plupart des mangeurs de viande sont partisans des abattoirs



La stratégie de la conversion au végétarisme ou au véganisme repose sur l’hypothèse, corollaire de la précédente, que (presque) tout mangeur de viande est un partisan de l’élevage et des abattoirs, soit parce qu’il est un fieffé spéciste, soit parce qu’il refuse de s’informer pour ne pas être dégoûté des produits animaux. Dans cette optique, convaincre le grand public revient à rendre le grand public végétarien (ou mieux encore végan).
Dan Cudahy (2008) écrit :
« Comme le reconnaît clairement et explicitement le Professeur Francione dans Rain Without Thunder, les cinq critères [définissant une réforme dite abolitionniste] limitent les réformes des pratiques industriels à des changements tellement dévastateurs pour l’industrie (par exemple, résultant en l’élimination de quelque chose essentiel, du genre « tuer des animaux pour la nourriture ») que de tels changements n’auraient aucune chance d’être acceptés dans notre société spéciste actuelle. Seule une société avec une population végane politiquement viable accepterait des changements aussi révolutionnaires. »
Drôle d’argument. En quoi convaincre la population de devenir végane serait plus facile que de la convaincre (par exemple) que la viande doit être abolie, ou qu’en principe le boycott des produits de l’élevage et de l’abattage est quelque chose de juste ? Ceci n’a de sens que si on postule que tout mangeur de viande est un partisan des abattoirs (et que symétriquement tout opposant aux abattoirs est végane).

Les enquêtes disponibles montrent pourtant le contraire. Voir Reus et Dupont (2012a et 2012b) pour une revue complète. Voici deux exemples.

Une étude menée par Cazes-Villette (2004) sur le rapport du consommateur français à la viande révélait que :
– 14 % des personnes interrogées répondent qu’elles sont en désaccord avec l’affirmation « Il est normal que les humains élèvent des animaux pour leur viande » ;
– 39 % désapprouvent l’idée « que l’on puisse tuer un animal par la pêche » ;
– 58,8 % désapprouvent l’idée « que l’on puisse tuer un animal par la chasse ».
Or seuls 1,2 % des répondants étaient végétariens.


Une enquête menée aux États-Unis montre qu’en 2011, à la phrase « Si les animaux de ferme sont traités décemment et humainement, je n’ai pas de problème à consommer de la viande, du lait et des œufs »,
– 51 % des Américains expriment un fort niveau d’accord avec cette affirmation (niveau 8 à 10)
– 42 % un niveau modéré (niveau 4 à 7)
– 7 % un faible niveau (niveau 0 à 3)
Ceux qui sont fortement d’accord étaient 63 % en 2007 et 54 % en 2010.


2.2.4 Corollaire : il faut convertir un certain nombre de personnes au végétarisme avant de pouvoir lancer un débat public sur l’abolition de la viande



C’est effectivement logique si on pense que les gens agissent en conformité avec leurs convictions, et que donc la plupart des mangeurs de viande sont pour les abattoirs, et qu’ils ne peuvent changer d’avis qu’à la suite d’une réflexion personnelle et approfondie.
Illustration :
« Tu penses que c’est possible d’abolir la viande tant que 98 % des gens en mangent ? Encore une fois, si 98 % des gens fumaient et pensaient que c’est tout à fait normal d’enfumer son entourage, il aurait été tout bonnement impossible de promulguer une loi anti-tabac dans les lieux publics. On ne peut pas faire des lois comme ça sans changer des mentalités. Ça ne veut pas dire que tout le monde doit être d’accord avec une loi pour la promulguer. Mais penser que 2 % de végétariens vont abolir la viande, c’est tout simplement du fantasme »13.
Ce commentaire suppose aussi autre chose : que l’appel à la vertu est plus efficace que l’exigence de justice pour décider quelqu'un à devenir végétarien. Or, je pense le contraire, étant donné les sous-entendus de l’appel à la vertu (cf. 1ère partie).
Il est difficile d’extrapoler à partir d’un exemple, mais le cas de l’Inde, où plus du tiers de la population est végétarienne, ne semble pas confirmer l’idée qu’une large population végétarienne favorise ou engendre mécaniquement l’éclosion d’un débat public sur la légitimité de la viande.


2.2.5 Conception sociologique individualiste



Étant donné que l’augmentation du nombre de végétariens entraîne une diminution de la demande de produits animaux, et corrélativement une diminution de l’offre, l’augmentation du nombre de végétariens est perçue comme l’arme la plus efficace pour affaiblir l’industrie de la viande.
« Le seul moteur du pouvoir politique et économique quasi absolu que l’industrie de l’élevage et de la viande a sur les animaux sont les consommateurs, individuellement ou collectivement, qui cautionnent, demandent, financent, et sont en dernière instance responsables de l’existence de l’industrie de la viande et de sa toute puissance ».
Cette idée me semble découler de présupposés sociologiques réducteurs.
Tous les individus sont socialement égaux. Or, ce n’est manifestement pas le cas. Certaines personnes font plus autorité que d’autre dans tel ou tel domaine. Le président du PNNS, le directeur de la centrale d’achat de Monoprix ou les journalistes ont un pouvoir d’influence bien plus grand qu’un passant dans la rue.

C’est la demande qui détermine l’offre. Certes, mais l’inverse est tout aussi vrai. Je ne fais pas simplement allusion à la publicité. De nombreux travaux d’économie comportementale montrent que l’offre disponible influence grandement les désirs des consommateurs. La simple disposition des plats sur un buffet modifie les choix des clients14. Les gens mangent de la viande parce que c’est l’option par défaut, parce qu’on en trouve partout.

L’exemple de la législation australienne concernant les armes à feu illustre l’influence que l’offre peut avoir sur la demande. Le lobby des armes à feu affirme que les décès par armes à feu ne sont pas dus aux armes à feu mais à la volonté de tuer qu’ont certains individus. Ceux dont la volonté de tuer est si forte qu’ils passent à l’acte n’auraient pas de peine à acheter des armes sur le marché noir ou à utiliser d’autres armes. Par conséquent, des lois limitant la détention des armes à feu non seulement n’empêcheraient pas les meurtres, mais priveraient les victimes potentielles d’un moyen de dissuader leurs agresseurs ou de se défendre en cas d’agression, entraînant une augmentation des homicides. Or, après les réformes de 1996 (restriction drastique des ventes et programmes de rachat des armes en circulation), les tueries par armes à feu ont cessé. Les homicides par arme à feu ont diminué à un rythme deux fois plus important qu’avant la réforme. En seulement dix ans, le taux d’homicide par arme à feu a diminué de 60 % et celui de suicide par arme à feu de 65 %. Le taux de suicide en général est passé de 23,6 à 14,9 pour 100 000 habitants15, celui d’homicide en général de 1,9 à 1,316. Il n’y a pas eu d’effet de substitution (en faveur des armes blanches, par exemple) statistiquement détectable. Il semble donc bien que la disponibilité des armes à feu augmente le désir de s’en servir.
C’est l’acheteur final qui détermine la demande. C’est loin d’être aussi simple. Il est également vrai que les gens achètent ce qu’on leur propose en rayons. Rappelons que quatre français sur cinq affirment être contre l’élevage des poules pondeuses en batterie mais que quatre français sur cinq achètent des œufs issus de ce type d’élevage, simplement parce qu’ils font leurs courses sans faire attention, ou parce qu’ils se laissent tenter par le prix, ou parce qu’il n’y a plus d’œufs « plein air » en rayon. D’autre part, quasiment la moitié des œufs consommés le sont indirectement, via l’achat de plats préparés, de pâtisseries, de biscuits, via les restaurants, les hôtels, les cantines…

Ceux qui sont sensibles à la cause animale mais qui mangent tout de même des animaux le font à cause de blocages psychologiques. Bizarrement, cette idée peut coexister avec l’idée que le spécisme est omniprésent. C’est notable chez les francioniens : ils disent que 99 % des gens sont partisans de l’exploitation, sont imprégnés de spécisme jusqu’à la moelle, et en même temps que nombre d’entre eux sont néanmoins mal à l’aise avec l’exploitation. C’est pourquoi Francione affirme à qui veut l’entendre « Si vous êtes d’accord avec l’affirmation “il est mal d’infliger des souffrances inutiles à un animal”, donnez-moi 15 minutes et je vous rendrais végane ».17

Donc, il convient de contourner ces blocages par divers procédés : édulcorer le message, mettre en avant des arguments indirects, avoir une approche marketing et psychologique du problème. Ce sont ces procédés que nous allons examiner.


3. Les conséquences de la stratégie de réduction de la demande par l’éducation du consommateur



De ces présupposés découlent plusieurs conséquences sur les comportements et réflexions des militants.


3.1 La méthode « Témoins de Jéhovah »



Consistant à aborder chaque personne individuellement pour la convertir petit à petit. C’est partir de l’idée que les mangeurs de viande le sont par conviction et c’est faire l’impasse sur les déterminants sociaux de la consommation de viande.

La méthode « Témoins de Jéhovah » a une conséquence curieuse : en réponse au « blocage » du passant moyen, les végétaristes18 édulcorent leur message par divers moyens : les arguments indirects, mais aussi ne pas appeler un chat « un chat » (ne pas dire que tuer les animaux est immoral, ne pas parler de meurtre…). L’ennui, c’est qu’à trop vouloir rendre le message acceptable aux oreilles de gens qui de toute façon ne deviendront pas d’eux-mêmes végétariens, ou alors de vagues flexitariens du dimanche, on s’aliène les gens sensibles à la question animale. Car enfin, même dans le cadre de l’appel à la vertu, les prochaines cohortes de végétariens ne viendront pas d’aficionados chasseurs bouchers, mais des 14 % de personnes mal à l’aise avec le meurtre des animaux. Quitte à faire la promotion du végétarisme, il semblerait plus opportun de les cibler et d’ignorer les cris et moqueries des 86 % autres19.


3.2 La place du marketing



3.2.1 La chair est faible



Les éthiciens de la vertu et les universalistes qui ont la mauvaise idée de fonder leur message sur l’appel à la vertu sont confrontés à un constat amer : les humains ne sont pas à la hauteur de la morale qu’ils ont conçue pour eux. En l’occurrence, les véganes ne courent pas les rues.

Il leur faut donc mettre en place quelques incitations égoïstes. Les religions promettent le salut (ou une réincarnation en brahmane). Les promoteurs de l’agriculture biologique une protection contre le cancer, les végétaristes une bonne érection et des artères propres.

C’est ainsi que PETA a lancé plusieurs campagnes sur le thème « Vegetarians have better sex », traduit par PETA France en « Les végétariens sont de meilleurs amants ». Avec comme media des clips mêlant femmes dénudés et légumes verts, ou des actions de rue centrées sur des couples (dénudés, toujours) s’embrassant20.


3.2.2 Les arguments indirects



La vigueur sexuelle n’est qu’un argument indirect parmi d’autres. On appelle « arguments indirects » les arguments autres que les arguments éthiques. L’idée est que, puisqu’il s’agit d’augmenter le nombre de consommateurs végétariens, tous les arguments sont bons. Or, les arguments indirects ont un défaut majeur : ils ne sont pas contraignants, c’est-à-dire qu’ils n’impliquent pas d’arrêter complètement de manger des animaux, encore moins des produits animaux, et encore moins de fermer les abattoirs et démanteler l’industrie de la viande. Car enfin, ce n’est pas une portion de poulet fermier par semaine et une tranche de jambon bio qui vont rendre quelqu'un malade21 ou détruire la planète22, ni un peu de parmesan dans les spaghettis, ni un pavé de saumon de temps en temps. Et d’ailleurs, être en bonne santé ou progresser spirituellement relève du choix personnel, pas de l’obligation morale. Du coup, mis sur le même plan que les arguments éthiques, les arguments indirects aggravent l’impression que le végétarisme est surérogatoire.

Il s’ensuit que les végétariens qui, croyant être plus consensuels, mettent en avant des arguments indirects, passent paradoxalement pour extrémistes, puisqu’à la suite d’arguments impliquant qu’il est bon de réduire sa consommation de chair animale, ils l’éliminent complètement. Certains poussent même leur jusqu’au boutisme au véganisme.

Troisièmement, les arguments indirects brouillent quelque peu le message général, comme le constate un dirigeant de l’AVF :
« Alors il est possible aussi que cette conjugaison de réflexions – de raisons, en fait, fasse qu’une partie des gens soient un petit peu perdu et ne sachent plus très bien dans quelle direction ils doivent aller, quels arguments ils doivent accepter, quels arguments ils doivent mettre de côté, pour peut-être un petit peu plus tard »23.


3.2.3 Seulement proposer



Un militant qui parviendrait à surmonter les sous-entendus de l’appel à la vertu, c’est-à-dire qui parviendrait à faire comprendre que son appel à la vertu n’est ni surérogatoire ni utopique, et que l’alternative (manger des animaux) n’est pas légitime mais criminelle, paraîtrait fondamentalement agressif. En effet, comme l’appel à la vertu part du principe que le mal vient du cœur de gens, son discours impliquerait que les gens sont des salauds. Alors que l’exigence de justice prend la société à parti et non les individus en particuliers.

Pour éviter cet écueil, les végétaristes évitent à toute force d’avoir l’air « d’imposer » quoi que ce soit, de paraître forcer la main à qui que ce soit (cf. § 2.2.1.). Ils affirment qu’ils ne font que proposer un mode de vie. Je ne te force pas, je te montre juste que c’est possible, et seulement si tu en as envie. Exemple déjà cité :
« On ne doit pas dire aux gens de devenir véganes, mais leur en suggérer la possibilité. On ne doit pas leur mettre sous le nez des images d’animaux morts sans qu’ils l’aient demandé, car, qu’on le veuille ou non, c’est une agression et cela tend à les culpabiliser, or ils culpabilisent déjà. »
Cela ne fait que renforcer, à mon sens, l’aspect surérogatoire du végétarisme et du véganisme aux yeux du public.


3.2.4 Être des représentants



La littérature végétariste explique aux militants qu’ils sont les représentants des végétariens auprès du public, et qu’en conséquence ils doivent donner envie : être jeunes et beaux (si possible), en bonne santé, sportifs et musclés, avoir le sourire et les dents blanches, être sympathiques. Certains sont de bon sens, les autres sont bons pour des représentants de commerce, pas des militants.

Dans cette optique, on explique à qui veut l’entendre que les végétariens ont un QI supérieur à la population générale, et qu’ils ont parmi eux un certain nombre de célébrités glamours (d’où cette affiche : « Ils sont célèbres [photos de chanteurs], ils sont beaux [photos de mannequins], ils sont intelligents [photo de L. de Vinci, Tolstoï et Einstein], ils sont sportifs [photos idoines], ils sont végétaliens ».

Symétriquement, il est convenu de se démarquer de personnages controversés (à tort ou à raison), comme Peter Singer ou Brigitte Bardot, au motif qu’ils déparent le mouvement animaliste dans son ensemble.

En somme, les associations végétariennes ressemblent plus à des clubs services qu’à des mouvements politiques ou à des ONG…


3.3 La focalisation sur les causes psychologiques



Comme les végétaristes travaillent à l’échelon individuel, ils ont tendance à se focaliser sur les causes psychologiques de la consommation de viande. Pourquoi cette personne-là, que j’ai en face de moi, refuse de devenir végétarienne ? Comment la rassurer, la convaincre, lever ses blocages ? Comment faire pour qu’elle ne se sente pas agressée ? Comment lui prouver que les plats végétariens sont savoureux ? D’où les séances de dégustation, les ateliers de cuisines et autres manifestations conviviales24.

Se focaliser sur les causes psychologiques, c’est négliger les causes sociales déterminant la consommation de viande (et de produits animaux en général), notamment : législation25, subventions à l’élevage, aliments disponibles dans le commerce26, menus des restaurants environnants, plats disponibles à la cantine, végéphobie, propagande intense des lobbies de l’élevage et de la pêche, pression familiale, pression du corps médical, diffusion du spécisme par les institutions aux enfants, des livres d’animaux à la crèche jusqu’aux cours de philosophie en terminale, en passant par les leçons de nutrition en classe de cinquième.

On fait souvent le parallèle entre le carnisme et le patriarcat. Or, il est remarquable que, pour leurs concepteurs et diffuseurs, le concept de patriarcat relève de la sociologie, le concept de carnisme de la psychologie.

Patriarcat : « Une forme d’organisation sociale et juridique fondée sur la détention de l’autorité par les hommes » (Bonte, 1991)
Carnisme : « Le système invisible de croyances, ou idéologie, qui conditionne les gens à manger certains animaux »27


De la même façon, alors que le mouvement de libération animale existe depuis une quarantaine d’années, la notion de végéphobie, un frein social au végétarisme, n’a été développé que récemment.
De nombreux végétariens affirment qu’être végétarien est facile et que les mangeurs de viande ne se rendent pas compte à quel point c’est facile (après une période d’adaptation, d’acquisition de connaissances diététiques et culinaires). Je crois au contraire que les mangeurs de viande se rendent très bien compte des difficultés sociales qu’entraînent le végétarisme et que ces difficultés les rebutent. La plupart des gens pâlissent à la seule idée de devoir argumenter en public, de devoir faire face à l’opposition, voire l’hostilité, d’un groupe entier de personnes. Beaucoup de gens sont inconsistants et ne sont pas capables de résister à la tentation d’un met carné, lesquels sont omniprésents dans notre société. Beaucoup ne connaissent aucun végétarien dans leur entourage et ont peur de l’isolement. Bref, comme le dit Martin Balluch, les humains sont plus des animaux sociaux que des animaux rationnels.


3.4 La focalisation sur le comportement



Un autre effet pervers de la stratégie véganiste est que, dans les médias, on présente ceux qui s’opposent à l’exploitation des animaux comme des véganes (et non comme des antispécistes, sensibilistes, militants pour les droits des animaux, égalitaristes, opposant à telle ou telle pratique, etc). L’accent est mis sur leur comportement plutôt que sur leurs idées. S’ensuit d’interminables listes d’interdits, y compris les plus bizarres, en lieu et place des arguments moraux.

En 2003, le journal Libération a consacré un article à la troisième Veggie Pride28. Environ 70 % de l’article est consacré aux difficultés de la consommation végane (dépeinte comme un calvaire obsessionnel) mais surtout à d’interminables listes de produits autorisés et défendus, jusqu’au plus infime additif des préservatifs en latex.

L’ambiguïté autour du lait maternel illustre le fait que le public retient du véganisme plus une liste d’interdits qu’une position morale. D’aucuns se demandent si les véganes sont contre l’allaitement au lait maternel humain29. Idée tout à fait saugrenue, mais indiquant qu’ils ont retenu « les véganes ne consomment pas de lait » ou « les véganes ne consomment aucun produit d’origine animale » plutôt que « les véganes sont contre le meurtre des veaux, le mode d’élevage des vaches laitières et leur ‘‘réforme’’ dès que leur productivité baisse ».


3.5 La réduction à l’homo economicus



Cette réduction consiste à ne voir en un humain qu’un consommateur, et non pas un citoyen. Beaucoup d’émissions abordent la question animale sous le seul angle végétariste.

L’émission « Le choix de la rédaction » sur France Culture, du 20 mai 2013 portait sur « l’abolition de la viande ». En fait, durant les cinq minutes de l’émission, il n’est que très peu question de cette revendication politique (réduite à l’abolition des seuls élevages intensifs) et des arguments qui la justifient (réduits à « l’élevage industriel est mauvais pour l’environnement et cruel pour les animaux »). L’essentiel de l’émission porte sur : la typologie sur critère de consommation des militants, des plus modérés (les semi-végétariens et les végétariens30) aux plus radicaux (les véganes) ; l’ouverture d’un restaurant végétalien à Paris par une cuisinière qui met en avant la santé et l’environnement, l’attitude des parents d’une cliente quand elle a fait son coming-out végétarien, les moqueries de son entourage, la faible offre de produits et repas sans viande en France, l’évolution des mentalités. Conclusion : « les mentalités doivent encore évoluer pour accepter ces régimes ».

Bref, une émission plus axée « tendance conso » que « débat de société ». Cela qui n’est pas un problème en soi (il est évidemment légitime et intéressant de parler des tendances de consommation) mais c’est un problème dans la mesure où l’émission était censée porter sur l’abolition de la viande. Cette revendication semble avoir été perçue comme un simple appel au végétarisme.

Et ceci n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. L214 a lancé une campagne pour obliger Monoprix à retirer de ses rayons les œufs de poules élevées en cages. L’objectif de cette campagne est politique : d’une part, affirmer qu’il n’est pas normal que l’on vende des produits pareils dans les supermarchés, d’autre part faire plier une enseigne de distribution, et ainsi obtenir une victoire permettant des victoires futures concernant d’autres enseignes ou d’autres produits. Hélas, beaucoup de véganes n’y ont vue qu’une campagne visant à sensibiliser le consommateur en général et le client de Monoprix en particulier. D’où les critiques du type « autant leur proposer d’emblée de se passer d’œufs plutôt que de les inciter de facto à acheter des œufs de poules élevées en plein air »31.


4. Conclusion



L'appel à la vertu est probablement efficace pour convaincre une personne donnée, un proche, un ami, un voisin, de devenir végétarien. Elle ne l'est pas à l'échelle d'une population. C'est comme si, sous prétexte qu'une serpillière est le meilleur instrument pour éponger une flaque, on entreprenait de vider une piscine avec.

L'un des buts de la stratégie végétariste est de combattre l'idée que la viande et les produits laitiers sont indispensables à l'équilibre alimentaire, et corrélativement d'informer sur la possibilité du végétarisme et du végétalisme. Or, le mouvement végétarien français existe depuis 150 ans et a longtemps axé sa communication sur les arguments santé. Avec une efficacité à peu près nulle.

L'argument écologique est-il plus efficace ? Cela fait 40 ans qu'on informe les gens en matière d'écologie, sans que cela ait un effet notable sur leur mode de vie. Seuls ont un effet notable les changements politico-économiques (pour ne prendre que le cas des transports : prix des carburants, disponibilité des transports en commun, interdiction de l'essence au plomb, pots catalytiques obligatoires, etc).

Plus fondamentalement, y a-t-il un seul problème moral qui ait jamais été résolu par le seul appel à la vertu ? L'existence même des lois prouve que l'appel à la vertu ne suffit pas à changer profondément le comportement des humains.

____________________
1 Alors que pour l’éthique des vertus, les intentions sont primordiales.

2 Voir John Rawls, Théorie de la justice, paragraphe 50.

3 Il ne faut pas confondre le relativisme moral avec le nihilisme moral, qui nie toute valeur de vérité aux propositions morales, et même l’existence des propositions morales.

4 http://www.greenetvert.fr/2011/09/30/etre-vegetarien-en-france/34449

5 http://lesquestionscomposent.over-blog.com/article-l-ego-et-la-raison-continuation-du-mythe-de-la-purete-84275138.html

6 http://lesquestionscomposent.over-blog.com/m/article-85475231.html

7 Il n’a pas pour seule cause l’idée que le comportement individuel doit découler d’une réflexion personnelle. L’idée est aussi de ne pas paraître agressif ou extrémiste, cf. infra.

8 http://lesquestionscomposent.fr/pourquoi-je-ne-participerai-plus-aux-actions-reformistes/

9 Cette explication par une préférence cache de simples routines acquises dans l’enfance et le poids des tentations carnistes dans notre société. Car enfin, la plupart des gens ne mangent pas 100 % des choses qu’ils aiment (ceux qui le font n’aiment pas grand-chose !). Par exemple, de nombreux métropolitains aiment la cuisine créole mais ne mangent des plats créoles qu’une fois tous les 36 du mois. Ça ne leur manque pas plus que ça le reste du temps, car il existe d’autres plats tout aussi bons.

10 Même les réponses plus idéologiques (l’homme est au sommet de la chaîne alimentaire, et tutti quanti) reposent plus sur des préjugés que sur une pensée élaborée.

11 Un « crime sans victime » est un comportement réprouvé socialement mais qui ne cause de tort à personne. En cela leur réprobation n’est pas légitime aux yeux des conséquentialistes.

12 Le troisième exemple est l’étude de Cazes-Villette dont nous avons déjà parlé.

13 http://lesquestionscomposent.over-blog.com/article-pour-en-finir-avec-le-mythe-de-la-purete-96013708-comments.html#anchorComment

14 Pour une introduction aux travaux d’économie comportementale, voir Ariely (2008)

15 S Chapman, P Alpers, K Agho, M Jones, « Australia’s 1996 gun law reforms : faster falls in firearm deaths, firearm suicides, and a decade without mass shootings », Injury Prevention 12 :365-372, 2006

16 http://www.aic.gov.au/statistics/homicide.html

17 Il me semble très curieux de penser qu’il est relativement facile de convaincre quelqu'un de devenir végan dans un monde carniste mais que cette même personne va nous rire au nez si on parle d’abolition de la viande ou de fermeture des abattoirs…

18 C’est moins vrai des véganistes.

19 Ceci nous semble être une conséquence de l’habitude qu’ont beaucoup de végétariens de parler à des murs, que ce soit pour des raisons indépendantes de leur volonté (les discussions avec l’entourage, les collègues, et autres relations) ou à cause de certaines pratiques militantes (les stands de rue).

20 Ce qui ne va pas dans cette campagne, c’est sa conclusion. Celle-ci n’est pas « nous sommes en bonne santé », ou quelque chose dans ce genre, mais : « devenez végétariens ». On tire du fait que les végétariens sont en forme non pas l’idée que l’exploitation des animaux est inutile et nuisible, ou que les préjugés contre les végétariens sont faux (si c’était le cas, ce serait une bonne campagne), mais qu’il est dans notre intérêt personnel de moins manger les animaux (« moins » car une consommation modérée de viande ne provoque pas d’asthénie foudroyante ou de troubles de l’érection).

21 En effet, une consommation modérée de produits animaux, comme c’est le cas, par exemple, dans le régime méditerranéen omnivore, n’a pas d’effet négatif établi, contrairement à ce que sous-entendent certains argumentaires santés fallacieux.

22 En effet, la pollution ou le gaspillage ne posent de problèmes environnementaux qu’au-delà d’une certaine quantité. D’ailleurs, en deçà d’un certain nombre d’animaux, l’élevage n’a aucun impact négatif sur l’environnement puisque les animaux se contentent des produits végétaux que les humains ne peuvent consommer (l’herbe des fourrés ou des terrains non cultivables, la balle des céréales, les épluchures de légumes, etc). Ajoutons qu’il n’y a pas que l’élevage qui pollue plus qu’il n’est nécessaire pour maintenir en vie les humains. Quelqu'un qui refuse en toute occasion le moindre lardon pour raison environnemental devrait refuser en toute occasion tout végétal qui n’est pas bio et produit localement et plus généralement tout bien ou service superflu ou dont la production n’est pas optimale écologiquement.

23 André Méry dans l’émission « Terre à terre » sur France Culture, le 20/02/2010.

24 Ces manifestations ne sont pas mauvaises en soi, évidemment, mais miser dessus pour changer le monde me semble aberrant.

25 Exemple tout bête : les gens achètent des œufs en batterie parce qu’ils sont autorisés à la vente.

26 Il est plus facile de se procurer de la viande que des produits végétariens.

27 http://www.carnism.com/carnism.htm

28 http://www.liberation.fr/week-end/0101443374-les-vegetaliens-des-animaux-comme-les-autres

29 Par exemple une intervenante dans le débat faisant suite au reportage « les nouveaux végétariens » (diffusé sur Arte en avril 2012).

30 Lesquels mangent du poisson, si j’ai bien compris ce que j’ai entendu.

31 Voir les débats sur le blog Les questions composent : http://lesquestionscomposent.fr/pourquoi-je-ne-participerai-plus-aux-actions-reformistes/ http://lesquestionscomposent.fr/debat-faut-il-reformer-lindustrie/